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Le couple, quelques repères…

Le couple est un système complexe parcouru de nombreuses influences, de paramètres qui se juxtaposent et d’une longue suite d’événements de vie qui vont rythmer son existence.

Aborder la question du couple, c’est parler de multiplexité et de multifactorialité.  En effet, si l’on prend en compte la variété des contextes et des circonstances dans lesquels les partenaires ont établi leur relation, qu’on y ajoute la diversité de leurs expériences individuelles et relationnelles précédentes et enfin, les facteurs propres à leur relation actuelle, la compréhension du couple ne peut être réduite à l’un ou l’autre de ses éléments isolé de sa globalité.

Il est primordial de considérer le couple comme un processus de croissance qui varie dans le temps au travers d’un cycle prévisible de phases  d’évolution successives.

1. L’évolution du couple dans le cycle de ses phases d’évolution

La croissance du couple se fait au travers de quatre étapes majeures qui ne sont pas linéaires. En fonction du stade d’évolution que traverse le couple, les éventuelles perturbations seront différentes et spécifiques à ce moment particulier de l’histoire du couple.

La phase de dépendance

C’est le début de la rencontre, la phase fusionnelle. Pour la plupart d’entre nous, on va tomber amoureux à la française, tomber en amour au Québec ou encore s’enamourer en Espagne. Quand nous sommes amoureux, plus rien ne compte autour de nous. Nous faisons abstraction de l’avis de notre entourage.  Les amoureux vivent sur un nuage en dehors de la réalité. Nous savons que l’autre est imparfait mais qu’il changera… Nous croyons qu’il est impossible de se disputer car l’amour est tellement fort que nous trouverons toujours une solution et tout cela dans la simplicité.  C’est une période d’euphorie où l’émotion prédomine sur la raison. Certains l’appelleront “lune de miel”, d’autres “amour-passion”. Durant cette période, nous sommes davantage en amour avec les sensations, les émotions, les fantasmes très agréables que l’on vit, qu’en amour véritable avec l’autre.  Ce n’est qu’au fur et à mesure que l’on va finalement découvrir qui est l’autre et que l’amour va prendre forme ou non.

A ses débuts, le couple est destiné à fusionner afin de construire ces fondations, un socle solide qui lui permettra de rencontrer les défis qui l’attendent.  Les autres liens émotionnels seront mis provisoirement en second plan pour canaliser toute l’énergie émotionnelle vers le couple.  Dans cette même période, d’une moyenne de 6 ans, s’établissent les frontières de chacun à l’intérieur du couple – c’est le comment chacun se définit l’un par rapport à l’autre – mais aussi comment se dessinent les frontières du couple par rapport à ses relations extérieures telles que la famille, le travail, les systèmes sociaux et communautaires.

La phase de contre-dépendance, c’est le passage de la passion des débuts au besoin d’aimer et d’être aimé.  Cette phase correspond à la prise en compte des individualités de chacun.  Les deux partenaires reprennent contact avec leurs besoins premiers et tentent de retrouver une identité propre à l’intérieur du couple.  C’est une phase de différentiation, voire d’opposition.  En effet, on s’aperçoit, à ce moment de la relation, que l’autre n’est pas exactement comme on l’avait désiré.  C’est un moment de désillusion. C’est le retour à la réalité de chacun. Les nuages qui embrumaient notre esprit se dissipent peu à peu pour laisser place à la réalité. Les individualités de chacun reprennent place.

La phase d’indépendance  correspond à l’étape où chacun est porté vers l’extérieur.  Cela présuppose qu’une certaine sécurité de base s’est construite dans le couple qui permet à chacun d’être davantage orienté vers sa réalisation personnelle ou professionnelle.  Cela demande d’adopter une position intermédiaire entre méfiance et confiance et s’inscrire dans la vigilance qui autorise du mouvement dans le couple tout en préservant le lien. C’est le comment le couple peut se nourrir d’apports extérieurs tout en poursuivant sa croissance.

L’interdépendance est un moment de retour sur le couple, une phase de retrouvaille, qui intervient souvent après le départ des enfants du domicile conjugal.

Le passage de l’une à l’autre de ces phases représente des opportunités pour apprendre à vivre autrement le couple.  Au cours de son histoire, des différences vont apparaitre dans le couple. Ils devront donc ensemble trouver la bonne distance entre différence et ressemblance.

2. L’influence des modèles culturels, spirituels et parentaux

Nous sommes influencés, de même que la relation, par différents modèles :

  • les modèles culturels : les livres, les médias,…
  • les modèles sociétaux : modes de vie, formes conjugales et familiales,…
  • les modèles spirituels : nos croyances, notre philosophie, notre religion,…
  • les modèles parentaux : la famille d’origine.

Il est important d’être conscients des influencent qui pétrissent chaque partenaire, d’être au clair par rapports à ses valeurs fondamentales afin de pouvoir les exprimer au plus juste.  Bien plus que de regarder notre partenaire comme un homme ou comme une femme, il s’agit avant tout de l’envisager comme une personne.

Concernant les modèles familiaux, nos parents sont nos premiers professeurs.  Nous recevons d’eux nos idées sur la façon de nous comporter de ce que nous observons d’eux et de ce qu’ils nous disent.

Nous avons tous des modèles relationnels actifs en nous.  Nombre de ces modèles ne sont pas conscients.  Nous les avons adoptés et n’y avons plus pensés. Ils sont basés sur le comment j’ai vu qu’on faisait, comment on m’a montré comment faire, comment je fais moi-même aujourd’hui pour moi dans la vie.

Pourtant, personne n’est exactement la copie conforme de quelqu’un d’autre et aucune situation n’est totalement identique.  Il s’avère que certains des modèles dont nous avons hérité, ont convenu à nos parents, en d’autres lieux et d’autres temps, mais qu’ils ne semblent plus ou plus totalement convenir à notre situation actuelle.

C’est un peu comme si nous avions un recueil de recettes maisons “à l’ancienne” et que les ingrédients qui les composent ne se trouvent plus sur le marché et qu’il faut adapter le procédé en fonction de ce qui existe actuellement en magasin.

Ces modèles sont actifs en nous, sans que nous sachions réellement comment.  Il est important de les revisiter afin de rechoisir les modèles qui sont valables pour nous et peut-être les ajuster, les redéfinir, en tous cas, les mettre à jour.

La question est : “Est-ce que ça me paraît satisfaisant?  Et comment j’aimerais faire au fond? ”

3. Le style d’interaction du couple

Nos échanges de couple s’effectuent selon deux modèles d’interaction : symétrique ou complémentaire. Ce n’est pas tant ce que dit un individu qui détermine la symétrie ou la complémentarité de l’interaction, mais le rapport entre l’action de l’un et la réaction de l’autre.

L’interaction symétrique est fondée sur l’égalité, les partenaires ayant tendance à adopter un comportement en miroir, tandis que l’interaction complémentaire est fondée sur la différence de statut (mère-enfant, médecin-malade, professeur-étudiant…).
L’interaction est dite symétrique parce que l’accent porte sur les efforts pour établir et maintenir l’égalité et gommer les différences, différences qui produisent de l’anxiété et de la défensivité :

  • si l’un prétend donner, l’autre prétend donner à son tour ;
  • si l’un veut recevoir, l’autre veut recevoir à son tour ;
  • si l’un offre son affection, l’autre en retour offre la même chose,
  • et ainsi de suite.

Cela peut donner en positif : “Je t’ai apporté un cadeau” – “Moi aussi” et en négatif : “Tu es vraiment bête!” – “Pas autant que toi!”

L’interaction complémentaire se fonde sur l’acceptation de la différence ; le comportement de l’un complète celui de l’autre pour former un tout.  Dans l’interaction complémentaire, l’un des partenaires occupe la position d’expert ou one up, et l’autre, la position de non-expert ou one down.  Expert et one up se rapportent au partenaire qui définit la relation en se plaçant en position d’autorité.  L’autre, celui qui accepte cette définition et s’y conforme, se trouve en position one down. Ce style de relation est construit sur un lien de dépendance où l’autre doit toujours être la polarité de l’autre. Si le conjoint est délégué pour exprimer les réponses positives, la conjointe se limitera à l’expression des réponses négatives ; si le conjoint réagit sur le mode de la dépression, la conjointe doit répondre par une tentative de positiver.

Les interactions symétriques ou complémentaires ne sont pas bonnes ou mauvaises en soi.  La relation n’est jamais totalement symétrique ou complémentaire.  Si une personne n’est pas d’accord avec l’inégalité, ce sera une relation symétrique avec un désaccord.

Cependant, l’interaction symétrique peut devenir pathologique lorsqu’elle se mue en rivalité, chacun utilisant le registre de l’autre. L’interaction complémentarité pathologique s’exprime, elle, par la rigidité des statuts adoptés par l’un des partenaires ou par les deux.
Quand on est “bloqué” dans une relation essentiellement symétrique, c’est comme si les deux partenaires pensaient qu’ils ne peuvent pas sortir de cette relation. Cela peut conduire à des escalades symétriques et être source de violence non cachée. L’un a une réaction pour ramener l’autre à son niveau. Ce type de relation peut être perçue comme étouffante.  Il s’agit de rétablir de la complémentarité, de la différence.

Quand on est  “bloqué” dans une relation essentiellement complémentaire : la relation est rigidifiée. La personne en position basse estime que c’est juste qu’elle le soit, et inversement, les positions de part et d’autre étant acceptées par les deux partenaires. Le conflit apparaît quand l’un des deux n’accepte plus ce type de relation. Dans ce cas, il y aura rapport de force.  Il s’agit de prendre en compte le jeu des forces réciproques et de l’équilibrer.

Dans les deux cas, il s’agit de de réintroduire de la flexibilité dans le modèle interactionnel afin d’élargir les réponses que chacun peut apporter à l’autre.

4. Les paramètres qui peuvent interférer dans la relation

a. L’intimité

Il existe plusieurs types d’intimité :

  • l’intimité sexuelle,
  • l’intimité émotionnelle,
  • l’intimité affective,
  • l’intimité corporelle,
  • l’intimité intellectuelle et esthétique,
  • l’intimité spirituelle, …

L’intimité permet de partager, de se confier, de créer du lien, de se dévoiler voire de se mettre à nu.

Willy Pasini, dans son “Eloge de l’intimité”, nous livre une magnifique définition de l’intimité :  “Accéder à l’intimité, c’est pouvoir recevoir l’autre dans son propre territoire sans se sentir envahi ou contaminé et se mettre dans la peau de l’autre sans perdre sa propre existence” et cela, dans les dimensions affectives, corporelles, intellectuelles et spirituelles du couple.

L’intimité sexuelle est un sujet qui suscite énormément de pression par l’action des mythes véhiculés par les médias audiovisuels. Il n’existe cependant aucun modèle en matière de sexualité. Chaque couple a besoin d’inventer son propre son rythme avec ses phases d’activités sexuelles plus ou moins actives, le seul élément de repère étant que chacun soit satisfait de sa relation sexuelle au sein du couple.

Les facteurs contribuant au développement de l’intimité :

  • la motivation à fonctionner en couple avec une bonne harmonie sexuelle,
  • l’attrait érotique des partenaires,
  • la complémentarité ou la similitude des attentes réciproques concernant la sexualité et le couple,
  • le respect réciproque des partenaires et de leurs différences,
  • leurs habiletés et connaissances réciproques en matière de sexualité et leur aptitude à en communiquer.

Les facteurs qui peuvent fragiliser l’intimité :

  • les conflits de couple,
  • les relations extraconjugales concomitantes,
  • le manque d’attachement et de motivation de l’un des partenaires,
  • les difficultés individuelles de l’un ou l’autre des partenaires (faible estime de soi, dépression,  anxiété, inhibition, absence de communication, …),
  • des attentes non complémentaires,
  • le manque de désir de l’un des deux partenaires.

Par l’intimité intellectuelle, spirituelle ou esthétique, nous pouvons susciter du désir  en partageant une même passion ou alors en communiquant sa passion à l’autre.  Se découvrir petit à petit dans le temps permet de cimenter notre connaissance de chacun et de créer un climat de confiance.

L’intimité, une invitation plus large à partager …

  • ses émotions,
  • ses ressentis physiques,
  • ses questionnements intellectuels,
  • ses émerveillements spirituels.

… mais aussi, des moments de rencontre où l’intimité puisse se vivre et s’équilibrer entre ses différentes sphères.

b. Les attentes

Illusions

Il est important de sortir du mythe de la performance et des croyances qu’un “bon” couple a une relation harmonieuse en permanence où l’on peut tout partager et être d’accord sur tout, sans conflit ni agressivité, ni même colère ou jalousie.

Un grand nombre de couples sont en difficulté parce qu’ils ont trop d’illusions sur le couple.  Entre autres, l’illusion de croire que si je trouve mon “âme sœur”, appellation moderne pour “prince charmant” je vais être heureux pour le reste de ma vie.  C’est un mythe de penser qu’il existe une personne parfaite qui nous attend quelque part.  Nous sommes tous à la recherche d’un idéal dans le couple.  Nous entrons en relation avec un ensemble d’attentes, les unes réalistes, les autres fantaisistes : l’autre doit nous écouter, nous guérir, nous porter, nous élever, devenir nos désirs, lire dans nos pensées …  La personne avec qui je vais vivre ne sera jamais à la hauteur de la femme ou de l’homme qu’il y a dans ma tête et ce qui sera viable à long terme c’est de tolérer la différence entre ce que je voudrais et ce que j’obtiens.

Le couple est un creuset pour générer des crises, de préférence des crises de croissance. La phase du fusion des premiers temps peut être pleine de romance mais vient un temps où l’illusion doit faire place à la réalité de soi et de l’autre.

Concernant la notion de “compatibilité”, la psychologie populaire dit que “les contraires s’attirent”.  Il est vrai que cela peut être le point de départ de nombreux coups de foudre.  Il s’avère cependant que les couples “heureux” s’inspirent d’avantage du dicton populaire “ce qui se ressemble, s’assemble”.  La psychologie conjugale scientifique a tendance à confirmer que plus nous sommes semblables, moins nos sources de conflits vont se polariser, moins nous allons nous situer dans des extrémités et que nous serions par conséquent plus facilement d’accord sur l’argent, l’éducation des enfants, la sexualité, etc…

c. Les besoins

Tout ce qui concerne la satisfaction des besoins représente une sphère vitale dans la construction d’une relation riche et source de gratifications.  Les couples ont toujours, à un quelconque niveau, des besoins fondamentaux insatisfaits qui devront faire l’objet de communication et de négociation.

Notre identité se décline à travers 4 sphères :

  1. La dimension individuelle
  2. La dimension professionnelle,
  3. La dimension conjugale,
  4. La dimension parentale,

Chacun de ses domaines de notre existence représente ¼ de notre investissement total en temps, en espace et en énergie.  Il est intéressant de regarder quelle proportion occupe notre temps personnel, notre engagement professionnel, la sphère conjugale et la sphère parentale.  Un réajustement à l’intérieur de ces domaines, mais aussi entre ces différents pôles, peut permettre de créer de l’équilibre.

En ce qui concerne les besoins spécifiques au couple, on retrouve :

Le besoin d’appartenance : “Nous ne désirons pas créer un couple durable pour des raisons sentimentales, mais à cause d’un besoin d’appartenance”  .  Autrement dit, c’est parce que nous traversons un moment de questionnement dans notre existence durant lequel notre sentiment d’appartenir à un groupe est flou que nous aurons envie de vivre en couple.

Un mythe commun : “il y avait une nécessité à cette histoire”, se disent les couples qui durent. D’où la recherche d’éléments établissant qu’ils sont faits l’un pour l’autre – goût commun pour le cinéma, la littérature, la musique, etc… “Sans ces mythes fondateurs, pas de couple possible” .

Des rituels particuliers : les habitudes permettent au couple de s’installer dans une intimité qui le distingue des autres. Ce sera “leur” restaurant du samedi, le cinéma le dimanche, les vacances à Cavaillon, etc…
La reconnaissance du social : la passion se passe aisément du reste du monde, pas le couple constitué.  La première preuve d’engagement consiste à présenter le partenaire aux autres : famille, amis, collègues, …
Le souci de l’autre : chacun des partenaires du couple doit lutter contre son narcissisme et s’intéresser réellement au cheminement de l’autre, à son évolution, à ses aspirations.

Le soin de l’autre : dans l’amour naissant, la question de savoir si l’autre est bien ne se pose pas. Dans le couple constitué, en revanche, il faut être attentif aux signes de malaise.  S’installer dans la durée, c’est passer de “On est bien” à “Est-ce que tu vas bien? et “Est-ce que je vais bien ?”.

d. Le pouvoir et le contrôle

La nature même du système conjugal implique qu’il y ait des éléments de pouvoir et de contrôle inhérents à chaque interaction.

La notion de hiérarchie et de jeux de pouvoir

Il est tout à fait normal que, dans toutes relations, l’un des deux cherche à prendre le pouvoir sur l’autre.  En fait, l’un et l’autre essayent de s’influencer en permanence par leurs actions ou non-actions, par leur communication verbale ou non-verbale.  Une personne silencieuse interagit quand même.  Dans les couples durables, un équilibre naturel se crée entre dominant et dominé et cela sans que ce ne soit forcément sur les mêmes registres.

Voici quelques domaines dans lesquels les partenaires ont le plus l’habitude d’exercer leur
pouvoir :

  • la prise de décision dans le quotidien,
  • la sexualité,
  • l’argent,
  • les enfants …

Une notion importante à comprendre dans la hiérarchie de couple est le jeu des balances.  Dans ce jeu, personne ne veut lâcher le pouvoir. Cependant, lâcher le contrôle, donner et recevoir permettent de maintenir une dynamique du couple.  Il n’existe pas d’organisation fixe des hiérarchies dans le couple. Chacun passe de la position haute à la position basse, acceptant qu’il y ait, pour un moment du moins,  un certain abandon du contrôle au profit de l’autre.

Lorsqu’une hiérarchie est trop bien établie, la violence physique ou verbale peut apparaitre dans le couple comme un acte de désespoir pour rétablir un équilibre. Tendre vers une certaine forme de parité permet de partager le pouvoir suivant les domaines de chacun.

La notion de territoire et de frontière

Il faut se donner des frontières afin de pouvoir les franchir et aller à la rencontre de l’autre. Les frontières doivent être claires et non rigides, afin d’être ouvertes et fermées.  Les couples fusionnels n’ont pas de frontières, ils n’existent que par des frontières communes. Les frontières floues effacent l’individualité de chacun.  Les couples indépendants n’ont pas de frontière commune.  Définir ses frontières permet de se reconnaitre et de préserver une sécurité de la relation. Définir ses frontières individuelles, c’est définir son ressenti, ses besoins, ses demandes, ce qui m’est nécessaire, acceptable et supportable.

Ceci va participer à l’élaboration de deux identités individuelles et d’une culture de couple.

La relation d’amour est une respiration où alternent les mouvements d’ouverture et de fermeture :

  • L’ouverture intérieure, c’est la rencontre avec l’autre, la création de liens et le partage d’activités.
  • La fermeture, c’est la préservation de notre sécurité et de nos appartenances.  Cela est nécessaire pour notre identité.
  • L’ouverture vers l’extérieur, c’est l’ouverture vers les autres, le monde extérieur au couple.

Si les frontières sont floues, l’un des partenaires peut empiéter sur l’espace de l’autre ou encore le déserter et cela engendre inévitablement des déséquilibres.

Quelques exemples de frontières problématiques :

  • la gestion de l’argent,
  • l’organisation des vacances,
  • l’espace dans la maison (bureau, salle de bain, etc.…),
  • la gestion de l’espace conjugal et parental,
  • les frontières externes avec la famille d’origine,
  • la frontière interne qui marque l’appartenance (l’homme a son entreprise, la femme la famille),
  • le viol de frontières réciproques dans le cas d’une infidélité.

Si les frontières sont trop rigides, l’un des partenaires peut emprunter des sorties malheureuses, comme :

  • l’alcool,
  • l’amant ou la maitresse,
  • les jeux (vidéos, internet, d’argent,…),
  • les passions dévorantes, un projet, une collection, etc.….

Quelques freins à la différenciation …

  • le couple n’a pas eu le temps suffisant pour construire son identité singulière car un événement ou un tiers est venu interrompre ce processus : la survenance d’un enfant, la création d’une entreprise à deux,…
  • le couple est captif de son désir de fusion,
  • les partenaires ne sont pas sur le même rythme dans leur capacité à se différencier,
  • la jalousie,
  • la place que prennent les enfants.

Quelques aides à la différenciation …

  • un cercle d’amis nourrissant,
  • un domaine d’intérêt (culturel, sportif ou intellectuel)
  • une appartenance politique ou religieuse, …

e. L’engagement

La notion d’engagement et ses diverses formes

L’engagement occupe différentes fonctions dans le couple :

  • permettre de situer notre histoire dans le temps,
  • permettre  de se séparer du passé (famille, ex-ami, célibat) pour s’engager,
  • permettre de vivre le lien,
  • se donner de la sécurité ; l’engagement c’est la validation d’une parole ; le lien contractuel favorise le développement du couple,
  • savoir comment on s’appelle : ami, petit ami, mari, compagnon,….  ?,
  • savoir comment les autres nous désignent.

Créer un engagement solide, demande d’établir un contrat explicite qui détaille les conditions préalables de notre engagement et reprennent des termes tels que :

  • le nombre d’enfants,
  • le lieu d’habitation,
  • les conditions sur la fidélité,
  • la qualité de vie…

La clarté de ces points représente les facteurs d’une vie commune possible à deux.  Etablir ce genre de contrat est une force pour le couple car les contrats implicites peuvent à la longue générer des problèmes de frontières mal définies.  Cependant il est important que les termes du contrat ne soit pas trop rigides pour qu’ils puissent être respectés. Au contraire, l’absence d’engagement clair et aucun échange sur ce thème est une source de conflit potentiel. Cette situation provoque une incertitude pesante sur la continuité du couple.

Concernant l’engagement dans le temps, la prolongation de la durée de vie pose maintenant de nouveaux problèmes : comment rester ensemble 30, 40, 50 ans ?

De nouvelles pistes pourraient être envisagées pour faire perdurer le lien et le maintenir dans une qualité de relation :

  • envisager des séparations ponctuelles avec reprises du lien,
  • renouveler son engagement mutuel,
  • aménager des mesures de distanciation temporaire,
  • établir des contrats d’engagement dans le temps, …

f. La résolution des conflits

Il s’agit de considérer que les thématiques du couple s’articulent autour de 5 pôles fondamentaux :

  • La sensualité et la sexualité (tendresse, démonstration des sentiments sans sa dimension affective et corporelle)
  • Le domaine d’activité professionnelle (comment je peux écouter l’autre de ce qu’il fait.  Est-ce que je peux valoriser son activité, ses compétences ?  Comment je me situe dans ma réalisation professionnelle ?)
  • L’inscription sociale et le réseau social commun (reconnaissance du couple par le groupe)
  • Le philosophique (appartenances politiques, doctrinales et spirituelles)
  • Les projets de vie (enfants, mariage, maison, projets communs)

Le couple rencontre 6 zones de conflit qui relèvent souvent de l’insoluble :

  • l’argent,
  • l’éducation des enfants,
  • les relations avec les belles familles
  • la répartition des tâches ménagères,
  • la séparation entre vie privée, conjugale et familiale,
  • la sexualité

Lorsqu’il y a des discordances à l’intérieur de ces cinq pôles, les conflits se jouent alors sur les 6 zones de conflits qui représentent des zones de pouvoir.  C’est le “ring” où s’exprime le conflit mais très souvent ses origines se situent davantage au niveau d’un manque d’ajustement dans les cinq pôles fondamentaux.

Le mode de résolution des conflits est étroitement lié aux facteurs précédemment cités : les modèles de la famille d’origine, le style d’interaction et les questions de pouvoir.

Le critère pronostique de l’évolution des couples c’est “comment ils vont gérer leurs crises” Non pas pour résoudre les problèmes mais pour négocier des ententes à double gagnant où les deux auront le sentiment de s’élever en amour parce qu’ils grandissent, évoluent positivement et parallèlement.

Les couples heureux ne sont pas des couples sans conflits ni confrontations. Ils rencontrent exactement les mêmes sources de conflits insolubles et traversent les mêmes moments critiques que tous les couples. A la différence près qu’ils auront développé des habilités à désamorcer les conflits, à négocier des ententes à double gagnant et à se disputer sans hypothéquer leur amour.

Les couples “heureux” ont décidé d’être heureux plutôt que de chercher à avoir raison.  Dans la majorité des problèmes de couple, 69% restent insolubles. Une des caractéristiques des couples “heureux”, c’est qu’ils vont se mettre d’accord pour vivre avec des désaccords à vie.

g. Grandir en surmontant les crises

Même si elle est souvent mal vécue, la crise est bienfaitrice car elle permet la croissance du couple. C’est à dire de créer l’histoire du couple et son identité propre.  La plus mauvaise réaction face à une crise est l’évitement.  Il ne faut pas confondre le problème et son symptôme.  Le symptôme est la conséquence d’un déséquilibre et il masque souvent le problème de fond.

Gérer et traverser une crise, demandent certaines conditions nécessaires :

  • vouloir continuer ensemble et en cas de crise importante et envisager des tentatives de rapprochement espacées dans le temps,
  • accueillir le changement ; il s’agit d’accepter que le couple ne restera pas comme au début de la relation,
  • ne pas réduire le partenaire à ses actes,
  • développer une communication de qualité qui prenne soin du Nous,
  • empêcher le couple parental d’asphyxier le couple conjugal ; les enfants ne doivent pas être un paravent pour éviter les crises et éviter de se séparer.  Cette stratégie a trop de conséquences sur les enfants qui porteraient alors le poids de la responsabilité de l’union ou de la désunion,
  • empêcher le couple professionnel d’asphyxier le couple conjugal ; le surinvestissement professionnel  pourrait être une fuite en avant pour éviter de s’occuper de la relation ; par ailleurs, les enjeux financiers d’une entreprise commune pourraient être un  frein à l’éventualité d’une séparation.

h. La communication

Chacun a son vocabulaire et ses représentations et pense que l’autre le comprend de façon implicite.
Bien souvent, on ne prend pas le temps de se demander si l’on a bien été compris.  Il s’agit de s’assurer que notre propos a été perçu tel que nous souhaitions l’exprimer.

Souvent les partenaires n’ont pas tout à fait la même grille d’analyse des différentes sources de conflits ni même les mêmes registres de communication. Si les couples cessaient de vouloir se comprendre, ils pourraient déjà s’écouter. Rejoindre l’autre ne signifie pas l’approuver, mais l’entendre et lui permettre d’exprimer son point de vue jusqu’au bout.

Enfin, gardons en tête que la communication est un moyen et non une fin pour bien vivre en couple.

Pour illustrer ce qu’est un couple, Yvon Dallaire parle d’un damier où l’on met d’un côté les pièces d’un jeu de dame et de l’autre des pièces d’un jeu d’échec.  Le damier, ou l’échiquier, c’est le couple, c’est le terrain, le territoire commun.  Les hommes jouent aux dames et les dames sont représentées par le jeu d’échec.  C’est comme ça qu’il faut comprendre le couple : dans la lune de miel, les deux trouvent quelqu’un qui veut jouer selon ses règles.  A partir du moment où le couple est bien installé, là, l’un des deux avance une pièce. Et l’autre dit : “Bah non, ce n’est pas comme ça qu’on doit jouer, c’est autrement.”  C’est légitime que chacun veuille jouer dans ce couple-là.  Cependant, il est nécessaire d’apprendre les règles du jeu de l’autre.   Autrement dit, il faut apprendre à être bilingue dans un couple pour être heureux à long terme. Les couples qui “fonctionnent” sont ceux qui inventent un troisième jeu à partir de certaines règles du jeu de dame et certaines règles du jeu d’échec.  C’est créer une culture conjugale qui est propre à son couple.

Certains privilégieront le langage verbal, d’autres le langage des moments de qualité, ou encore le langage du toucher, mais aussi celui des services rendus ou des cadeaux….

Le langage verbal

On a constaté que les partenaires de couples heureux se disaient de 5 à 10 fois plus de compliments que de reproches et qu’une bonne communication est empreinte d’humilité : l’amour formule des requêtes et non des exigences.

Un dialogue authentique, c’est un moment d’échange mais aussi un temps d’écoute.  Ecouter ne veut pas dire être d’accord.  Ecouter le point de vue de l’autre ne veut pas dire l’acceptez.  Cela ne signifie pas que vous allez tomber d’accord mais personne ne se sentira jugé ou frustré de ne pas avoir écouté et compris.
Ces temps d’écoute sont importants pour rééquilibrer la relation.  Certaines personnes ont tendance à se taire et d’autre parlent facilement de leurs émotions. Ce type de couple peut très bien s’entendre au début et finir par ne plus se supporter.

Le langage des moments de qualité

Un moment de qualité est du temps pris exclusivement pour votre conjoint.  Les personnes qui aiment les moments de qualité aiment qu’on leur apporte un moment d’attention totale.  Un moment de qualité n’est pas une simple proximité physique.  Ça peut être s’aménager un temps de rencontre pour avoir un dialogue de qualité ou partager une activité.  L’activité n’est pas le but en soi mais une occasion de partager un moment ensemble.

 Le langage du toucher

Si vous avez du mal à communiquer dans le langage du toucher, fiez-vous aux recommandations de votre partenaire.  C’est lui qui vous guidera dans vos gestes et vos caresses.  Restez attentif aux signes de votre partenaire quand vous lui parlez le langage du toucher, car si  vous aimez être touché d’une certaine façon, votre conjoint n’a pas forcément la même envie.  Vos désirs ne sont pas forcément les siens, alors discutez et partagez ce que vous aimez.

Quelques pistes pour découvrir le type de langage que privilégie votre partenaire …

  • Noter les actes qui vous montrent que votre conjoint vous aime ; la majorité devrait correspondre à un langage.
  • Noter les actes de votre conjoint qui vous blessent.
  • Que lui demandez-vous le plus souvent ?  Vos demandes correspondent surement à un besoin que l’on vous parle dans votre langage.
  • Que faites-vous à votre conjoint inconsciemment pour lui montrer que vous l’aimez ?
  • Quels actes vous font plaisir ?
  • Remémorez-vous les débuts de votre relation.  Demandez-vous ce que vous aimiez tout particulièrement entendre de votre conjoint ou ce que vous aimiez qu’il fasse ?
  • Faites un portrait très précis de votre conjoint idéal,  dans les actes, les paroles et gestes que vous attendez
  • Noter, par ordre d’importance, les langages qui vous correspondent le mieux.  Faites de même pour votre conjoint.  Montrez-lui et discutez-en.
  • Ensuite engagez-vous chacun à répondre à une des attentes de l’autre aujourd’hui même.

Quelques principes de base pour améliorer la communication …

  • éviter les TU qui sont interprétés comme une attaque,
  • privilégier les JE pour parler de soi et pas de l’autre,
  • éviter les questions fermées,
  • transformer les reproches en demandes claires (description des faits objectifs, expression de son ressenti, définition de son besoin et formulation d’une demande réalisable).

Petite gymnastique pour  restaurer un dialogue de qualité …

  • A trois reprises dans votre journée, demandez-vous quelles émotions avez-vous ressenties en vivant une situation de la journée (pendant le trajet au travail, au boulot, etc…).  A chacune de ses trois situations, prenez conscience de l’émotion ressentie.
  • Chaque jour, prévoir un temps où chacun des partenaires raconte trois évènements de sa journée et les émotions qu’il a ressenties.  Cet exercice est double : les silencieux doivent s’exprimer et les bavards écouter.

i. L’impact des évènements de vie

Au cours d’une vie de couple, une multitude d’évènements et de changements peuvent survenir :

  • l’arrivée d’un enfant,
  • une perte d’emploi,
  • un avortement,
  • un déménagement,
  • le décès d’un parent,
  • une maladie,
  • la mort d’un enfant qui peut lier le couple par le devoir de mémoire,
  • le départ des enfants suivi du syndrome du nid vide,
  • la retraite de l’un des partenaires qui demande de redéfinir les habitudes de vie, …

Près de 50% des séparations surviendraient après l’arrivée d’un enfant, l’achat ou la construction du domicile conjugal ou encore le départ des enfants.  Dans ces cas, le véritable problème est que le projet du couple a remplacé le couple.

Pour conclure…

Le couple est un laboratoire d’expériences de vie d’une grande richesse.  C’est une danse à eux qui s’apprend pas à pas et demande désir, discipline, humilité, persévérance, amour et humour et enfin curiosité et créativité.

L’amour n’efface pas le passé mais construit un avenir différent.  Les blessures et les manquements existeront toujours.  Aimer c’est décider d’aller de l’avant et s’engager avec une personne.  C’est faire le choix de renouveler l’aventure du Nous chaque jour…

Gardons à l’esprit les incontournables d’une dynamique de couple vivante …

  •  Décider de s’aimer,
  •  Rechercher l’intimité dans ses différentes dimensions,
  •  Apprendre la vie à deux : se documenter, expérimenter, dialoguer,
  •  Avoir une politique de séduction,
  •  Cultiver son couple dans ses dimensions physiques, sociales, intellectuelles, spirituelles,
  •  Savoir pardonner et amnistier le passé…
  •  Créer un langage de couple commun,
  •  Créer un climat propice à la résolution des conflits,
  •  Et enfin, aménager des temps exclusifs pour le couple et se donner rendez-vous pour se retrouver.

“Le couple est comme l’océan, soumis à des marées que sont les alternances de fusion affective et sexuelle suivies de défusion, d’individualisation à travers les activités et relations externes à la frontière du couple.  Comme l’océan, il subit tempêtes, orages et  calmes plats.  Si le couple est parfois vécu comme une prison, une aliénation, il en est de même de tout destin humain”.    Le couple peut aussi devenir un agent de transformation personnelle et un chemin d’évolution pour chacun.

Janvier 2013

Valérie ENNEN
Gestalt-thérapeute, médiatrice familiale

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