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Incertitude, désir et peur de changement

Etre vivant c’est accepter l’incertitude inhérente à la vie.  La vie, c’est accepter d’être dans le présent et être dans le présent, c’est accepter de s’engager dans le monde imprévisible du moment suivant.  La situation thérapeutique n’échappe pas à cette même forme d’incertitude.  Si incertitude il y a, alors un des préalables à la rencontre, c’est de reconnaître cette réalité première qui constitue tant le thérapeute que le patient.
Car avant tout, le propre de l’homme est bien de rechercher du sens – quel qu’il soit – à son existence. Pourtant ce même sens lui échappe sans cesse et le renvoie invariablement à son incertitude fondamentale.

Parmi les possibles qui s’offrent constamment à nous, nous devons nous situer et donc choisir à chaque instant de donner une orientation et une forme à notre existence. Choisir implique de pouvoir reconnaître les possibles, pour en retenir certains, en rejeter d’autres, en appui à la fois sur nos ressentis et nos perceptions. Nous fier à notre seule affectation serait pure folie, nous serions alors à la merci du caractère incertain de nos ressentis.  Nous baser uniquement sur nos représentations, nous placerait dans la prévisibilité totale et toute action serait pure reproduction, copie conforme du passé. Faire un choix éclairé nous demande de nous appuyer à la fois sur nos désirs et ressentis et sur la connaissance que nous avons de nous-même et du monde.  Autrement dit pour nous ajuster, nous devons à la fois pouvoir nous ouvrir à l’incertitude qu’éveille en nous toute nouvelle situation en accueillant nos manifestations émotionnelles et à la fois de pouvoir nous appuyer sur le certain du déjà connu de nous-mêmes, pour que nouveauté et connu puissent s’intégrer et créer une nouvelle situation.

Nous sommes donc d’un côté liés à nos habitudes et de l’autre, en recherche constante d’évolution, notre polarité fondamentale étant l’opposition entre stabilité et changement.

Notre versant conservateur sert notre besoin de préservation et de sécurité.  Une façon de se protéger c’est de savoir comment le monde fonctionne. Connaître et maîtriser son environnement permet de diminuer les risques et d’augmenter son degré de sécurité. Pour réduire son sentiment d’insécurité face à l’incertitude du monde, l’individu a besoin de déterminer des règles de vie prévisibles. Par l’introjection de savoirs et de modèles de comportements, nous construisons des certitudes que nous projetons sur le monde pour le rendre prévisible et pouvoir faire face à l’insécurité qu’il représente. La nouveauté est ramenée sur le connu, nous tenons le monde pour ce que nous en connaissons, sans plus d’étonnement, nous savons, c’est ainsi. Notre mode conservateur nous pousse à établir ce qui est, à arrêter le sens pour en faire des vérités immuables qui nous déterminent. La névrose serait une façon de nier l’incertitude inhérente à la vie. Nier cette incertitude, serait refuser de voir le monde tel qu’il est pour le ramener à nos attentes de sécurité.

Inversement, notre dimension créatrice, nous pousse à la croissance, à la dimension de l’exister. Exister c’est partir de ce que l’on est pour s’établir au dehors. Pour exister, il nous appartient de nous donner sens en nous inscrivant dans un projet, en nous mettant littéralement au-devant de nous-même, en nous construisant sans cesse du fait de notre implication dans le monde. C’est l’exister dans le sens d’un passage, toujours en train de se faire, à la possibilité suivante. Ce mouvement de croissance nous confronte sans cesse à l’angoisse de perdre les acquis qui fondent notre identité et toute perspective de changement génère à la fois excitation et angoisse. L’excitation au sens littéral nous pousse à nous citer hors de soi, c’est l’aller-vers qui nous pousse à contacter le monde et le non-soi, et cet aller-vers comporte toujours sa part d’excitation et sa part d’angoisse puisqu’il est à la fois promesse de croissance et source de danger potentiel.

L’homme a donc, d’une part, une identité irréductible, dont il a conscience au travers de ce qu’il connaît de lui , et d’autre part, il vit une brèche, une ouverture sur le monde tout aussi irréductible, qui le confronte à ce qui n’est pas lui, à l’inconnu, à ce qu’il ne maîtrise pas.  Entre l’Etre et l’Exister, nous oscillons donc constamment entre deux aspirations contradictoires, l’une conservatrice qui nous définit en appui sur nos certitudes, l’autre créatrice, qui nous permet d’accepter l’incertitude inhérente à l’existence et au mouvement d’évolution qu’elle crée.  C’est dans cet équilibre fragile et toujours à refaire que l’homme peut se maintenir dans la continuité tout en poursuivant son processus de croissance.  Notre travail d’exister nous inscrit donc dans ce mouvement de balancier qui nous place quelque part à mi-chemin entre certitude et incertitude. Il ne s’agit donc plus d’aller vers un ailleurs certain mais de se construire et d’être construit avec l’angoisse que cela génère. C’est par là, reconnaître les limites de notre pouvoir et de notre connaissance sur le monde et de composer avec la nécessaire réalité d’accepter ce qui nous échappe pour nous permettre d’accueillir ce qui vient. Reconnaître notre contingence, c’est perdre l’illusion de toute puissance, et dans le même temps s’ouvrir à la création, à la possibilité de se renouveler et d’être toujours autre.

Pourtant l’incertitude, souvent nous dérange, nous la considérons comme une entrave à notre développement, un défaut dont il faudrait nous défaire.  Paradoxalement, c’est cette même incertitude qui nous rend vivant et espérant et nous permet de nous ouvrir à la nouveauté. Réhabiliter l’incertitude à l’intérieur de nous-mêmes, la connaître et la reconnaître, c’est en faire non plus une faille mais une force car elle nous permet d’accepter le monde dans sa réalité changeante, de sortir de notre désir illusoire de vouloir le maîtriser. C’est arrêter de lutter contre nous-mêmes pour s’ouvrir au monde tel qu’il est et tels que nous sommes en acceptant nos limitations.

“L’individu possède une sagesse innée qui le pousse à l’autoconservation. Parallèlement, il tend à la croissance, c’est-à-dire à l’ajustement créatif aux situations sans cesse renouvelées dans le champ.”  Autrement dit, pour tout individu, des mouvements de conservation et de dépassement de sa forme sont toujours à l’œuvre dans le contact en situation. Pour Perls, fondateur de la Gestalt, “l’auto préservation et la croissance sont les deux pôles d’un même processus : c’est seulement ce qui se préserve qui peut croître par assimilation, et c’est seulement ce qui assimile la nouveauté qui peut se préserver”.

La capacité au changement va de pair avec l’incertitude dès lors qu’il emprunte des voies imprévisibles. Accepter l’incertitude inhérente au changement demande, tant au thérapeute qu’au client, de se placer dans une position d’optimisme et de confiance par rapport au processus de croissance car tout individu vit dans un processus constant de changement, même s’il est parfois lent et qu’on ne peut encore l’apercevoir.
Ce n’est pas douter d’un changement possible, c’est seulement accepter de ne pas encore savoir ni même vouloir savoir comment il se fera. C’est Edgar Morin qui dit que “nous ne connaissons pas le chemin, mais nous savons que le chemin se fait dans la marche”.

C’est donc déjà se mettre en marche sans itinéraire préconçu et accepter qu’il se construise étape par étape.  C’est être sensible à la trajectoire sans pour autant en oublier la destination. C’est s’engager dans la situation sans être cramponné à un plan de route définitif, ouvert à ce qui peut survenir en chemin; c’est être capable de se laisser dérouter au sens propre du terme.

Construire sa vie avec sens est un objectif vital.  C’est notre identité qui est en jeu.  Entraînés  par le mouvement de la socialisation, nous sommes invariablement poussés sur la voie de la normalisation, de l’adaptation par modélisation, de la maîtrise des savoirs et compétences qui mènent au contrôle de soi, des situations et de l’autre.  Le problème de cette mise en jeu existentielle de nous donner sens devient vite un enjeu important.  Nous commençons par nous prendre au sérieux et finissons par confondre jeu existentiel et enjeux sociaux.

La thérapie serait une belle occasion de réintroduire la dimension ludique qui réarticulerait enjeux sociaux et jeu existentiel.

Quand je me prends au sérieux, j’attribue au sens que j’ai construit une telle valeur qu’il ne m’est plus possible de le lâcher et qu’il devient LA réalité. Remettre le sens en jeu, c’est pouvoir jouer à construire du sens vivant qui peut être sans cesse remis en mouvement.  C’est en remettant du jeu, que la vie et la thérapie peuvent nous paraître moins dramatiques.

C’est mettre du jeu dans les mécaniques habituelles. Observer le jeu qui se joue entre le thérapeute et le client, c’est regarder comment ils s’articulent l’un à l’autre dans la situation, comment il peut y avoir du jeu entendu au sens mécanique du terme comme “la manière dont deux choses sont unies de façon à ce que, sans se séparer, elles puissent avoir un certain mouvement”.

Introduire le jeu en thérapie, c’est introduire l’incertitude car ce “ce qui rend le jeu intéressant, c’est le fait qu’il n’est pas prévisible.  Le jeu est la zone intermédiaire qui permet l’équilibre entre les zones de sécurité et de risque.”   Il serait impossible de vivre tout le temps en situation de risque parce que cela serait épuisant comme il serait tout aussi impossible de vivre dans une sécurité garantie parce que cela serait d’un ennui mortel.  L’élément excitant du jeu, c’est le fait de risquer de perdre et c’est parce qu’il est ouvert à la victoire et à l’échec qu’il est intéressant.  Gagner à tous les coups, ce n’est même pas drôle et être perdu d’avance, ce n’est pas du jeu. Il en est de même de la vie : personne n’échangerait le caractère excitant des surprises qu’elle réserve en échange d’une trajectoire prévisible.

Même si l’incertitude est mal aimée parce qu’elle nous dérange, elle peut néanmoins devenir un système de soutien et être source de sécurité dès lors que notre incertitude nous remet en contact avec la réalité et nous rend vigilant vis-à-vis de nos observations. L’incertitude, si nous l’acceptons et la mettons au travail, peut alors se transformer en un remède contre l’ennui et la routine et devenir un outil de créativité qui nous permet de rester vivants tout simplement.

Il s’agit avant tout  de tenir compte de la dimension d’insécurité que représente le changement et de veiller à établir une sécurité suffisante et un mode relationnel qui assure à la fois la permanence et l’intégration.  En effet, trop d’insécurité provoque l’inhibition du désir et le retrait, et trop de sécurité maintient dans l’accommodation aux habitudes.  C’est d’abord être conscient que l’insécurité est présente et veiller à la soutenir au plus près afin de pouvoir s’engager en confiance sur les voix du changement attendu et créer un nouvel équilibre.

Décembre 2012

Valérie ENNEN
Gestalt-thérapeute, médiatrice familiale

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